Mémoriser. Se souvenir. Retenir.
Chaque tableau de Gérard Escot est un souvenir, un bout de mémoire.
L'envie de garder un instant, un moment d'histoire. Une déchirure d'affiche comme une cicatrice métaphorique et mémorielle.
Il puise son matériau dans ces affiches collectées dans la rue, cette mémoire collective. Puis il les assemble, les compose pour retrouver une mémoire précise, un événement. Il utilise ce qui est déjà là, des bouts d'affiches, des vieilles portes, des plaques ondulées, des tuiles, pour nous remettre en lumière ce qu'on ne voyait plus. Il offre une deuxième perception sur ces affiches qu'on ne regarde plus, recouverte de plusieurs couches, les unes sur les autres, ce cumul d'événements passés. Il réutilise tout cela pour nous permettre de se rappeler, de revoir ce qu'on avait oublié, de garder en mémoire des moments de nos histoires, communes ou non. Comme un archéologue de la rue. Il intervient pour nous raconter une histoire, un souvenir. Il faut aller chercher dans chaque oeuvre un signe, une grammaire oubliée, une histoire à réinventer.
Gérard Escot redécoupe chaque affiche en morceaux et les assemble sur chaque tableau, pour rétablir chaque sujet. Comme un photographe qui recadre une image, qui fait un travail de post production, avec des choix de coloriste et sans renoncer au décoratif, ni à ce qui ferait peinture. Il travaille sur chaque oeuvre en mariant les couleurs des bouts d'affiches, rajoutant sa marque par la peinture. Sa marque: un tag, une forme. Sa forme personnelle aux références de Texas, à une envie d'Amériques, d'ailleurs, qui serait restée là, présente. Un souvenir qui associe le rêve aux histoires passées.
A cette époque où toute mémoire est virtuelle, éphémère, immatérielle, partie loin dans les nuages, on ne mémorise plus rien, on a oublié de ne pas oublier. Ici l'art joue un de ses rôles essentiels : nous faire voir et revoir ce dont on a perdu le souvenir. Ce que font les tableaux de Gérard Escot, retrouver cette mémoire grâce aux signes et aux traces qu'il nous offre comme des indices. C'est le propre des oeuvres vivantes, elles stimulent l'imagination, on n'y reconnait plus ce que nous pensions connaître, nous les découvrons et les reinventons.